lundi 14 septembre 2015

Mon burnout (Médecine interne)

Tous les évènements relatés plus haut, ainsi que d’autre, comme le fait d’avoir du négocier  avec un patient VIH, persuadé que le virus n’était qu’une invention des groupes pharmaceutiques américains pour vendre des médicaments, pour qu’il prenne ses traitements, d’avoir du contenir un autiste de 120 kg en train de courir nu dans les couloirs du service avec son pied à perfusion dans la main à frapper quiconque approchait de lui (parce que oui, l’interne est aussi responsable de la sécurité), cumulé à la charge de travail, les gardes, la pression des chefs, les familles de patient tantôt dans la manipulation, l’agression, le désarroi, les patients qui mourraient à la chaine en phase terminale de leur cancer, tout cela combiné a abouti à ce qui restera pour moi l’expérience la plus dure de mon internat. Mon burnout.

En cours, récemment, un médecin nous a dit que le diagnostic de burnout était le plus souvent raté, non vu et sa prévalence était largement sous-évaluée. Tout le monde a un seuil de tolérance différent, certains choses vous affecteront et laisseront de marbre un collègue. Il n’y a pas de temps de travail minimum pour déclencher un burnout, ni de score universel pour évaluer le stress au travail ou son retentissement sur votre vie quotidienne. Il y a autant d’impact possible qu’il y a de personne. Aucune généralité n’est possible devant le burnout. Ce diagnostic que nous devons savoir poser en médecine générale est un vrai casse-tête. Le début est insidieux, le sommeil devient plus fragile, des difficultés d’endormissement, on repense à la journée, on anticipe celle à venir et l’on angoisse. Les mêmes personnes, les mêmes lieux, les mêmes problèmes, la même pression, tout se répète, tout se ressemble, mais il n’y a pas d’autre choix que de se lever et d’y retourner. Le travail doit être fait. Les autres ont la même charge de travail que moi, dans le même lieu que moi, de quel droit pourrais-je leur imposer mon travail. Non ce serait de la lâcheté, du fainéantisme, de l’irresponsabilité. Si eux y arrivent, je n’ai aucune excuse pour ne pas y arriver. Alors les jours reprennent, tout s’enchaine, encore, et l’on essaye de se dire que cela finira bien par terminer. Il faut tenir, les autres tiennent. L’angoisse devient plus forte, on dort de moins en moins bien, l’appétit disparait, puis les envies d’une manière générale. C’est progressif, on ne le réalise pas vraiment, ou peut-être qu’on ne veut pas le réaliser. On fait bonne figure au travail, personne ne doit savoir que l’on est sur le point de craquer, ce serait faire preuve de faiblesse, cela voudrait dire qu’on est plus faible que les autres. Mais voila, on pleure, de plus en plus, en cachette en journée, le matin en allant au travail, le soir avant d’aller se coucher, de peur de s’endormir en sachant très bien que tout recommencera demain. Nos proches commencent à s’en rendre compte mais l’on n’écoute pas. Non ce n’est pas possible, pas moi. Et de toute façon, il n’y a pas de solution, en tout cas, aucune qui satisfasse tout le monde, qui ne me décharge pas de mon travail pour le déverser sur les autres qui sont tout aussi débordés que moi. Le coup de grâce arrive un samedi d’astreinte.11 entrées, 2 dans la nuit, 2 dans la matinée et 7 l’après-midi. Celle de la nuit et du matin ont été partagés entre le chef d’astreinte et moi, ce qui avec les 7 de l’après-midi m’amène à 9 entrées à ma charge en une journée. Tout cela après une semaine de travail éprouvante et avant une nouvelle qui arrive à grand pas, sans repos puisque le dimanche se passera aussi à l’hôpital. En plus des entrées, il y a les nouveaux problèmes des patients déjà hospitalisés, et la peur de mal faire car ce sont pour la majorité des patients que je ne connais que via les transmissions de mes collègues. Je ne tiendrais pas, je ne tiens déjà plus. Et les voilà, ma compagne et mon ami, qui avait détecté chez moi les signaux d’alarme et qui viennent dans le service me chercher. « Tu vas venir avec nous. Ça ne sert à rien de forcer. Tu nous fais peur. On craint vraiment pour ta santé, ce stage te tue doucement. Ça ne sert à rien de forcer jusqu’à craquer. Pour gagner quoi ? Le respect de gens qui te malmènent chaque jour sans s’en rendre compte ou pire en toute conscience ? Pour aller jusqu’à faire une erreur médicale à cause de ta fatigue psychologique et mettre en danger la vie des patients et ta carrière ? Ca n’en vaut pas la peine. ». Il leur aura fallu plus d’une heure de négociation avant que je ne finisse par l’accepter. Oui, j’étais en burnout. Et je m’en voulais de l’être, et je ne voulais pas le reconnaitre, et je me trouvais lâche par rapport à mes collègues, comment pouvais-je leur faire ça ? Mais mes amis avaient raison. Je ne mets pas seulement ma vie en danger mais aussi celle de mes patients. Cela ne peut plus durer.

Il aura fallu une thérapie, des consultations répétées et un travail sur moi-même avec l’aide de mes amis pour accepter mon burnout, et pour le dépasser. Pour que je puisse repartir sur de bonnes bases. Je décidais même de faire les deux dernières semaines du stage, en accord avec mon médecin généraliste et mon thérapeute pour ne pas finir sur une fuite, sur un échec, mais terminer le stage sur place, présent, en faisant le travail et en pouvant ainsi tirer un trait définitif la tête haute. C’est ainsi que s’est terminé mon stage en médecine interne.


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